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Grippe aviaire : le retour du risque ?

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Voir l'image en plus grandeQuelques semaines seulement après la découverte, au Pakistan, d’un cas de transmission interhumaine de la grippe aviaire, voici que la France élève son niveau de risque d’un cran suite à la découverte du virus H5N1 sur trois cygnes morts dans le sud de l’Angleterre. Cinq ans après les premiers cas déclarés de grippe aviaire chez les volailles, le virus Inflenza aviaire n’est toujours pas éradiqué. Quels sont aujourd’hui les risques de pandémie ?

« Le niveau de risque passe aujourd’hui de « faible » à « modéré », conformément au Plan national de Prévention et de Lutte contre une pandémie grippale », annonce le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, dans un communiqué paru le 11 janvier dernier. Le dispositif de protection et de surveillance en vigueur en France est donc renforcé. Cette nouvelle intervient quelques semaines seulement après la découverte, le 15 décembre dernier, d’un nouveau cas de transmission interhumaine au Pakistan.

Photo Flickr : Rougerouge

Des cas de transmission interhumaine encore localisés

« Nous étudions régulièrement des cas de décès dûs à une mutation du virus H5N1, et il n’y a aucune raison de s’inquiéter », explique simplement Gregory Härtl, le porte-parole pour la grippe aviaire de l’Organisation Mondiale de la Santé. Il ajoute : « A chaque fois, nous mettons en œuvre une enquête épidémiologique, en collaboration avec les équipes locales, que nous corrélons avec des analyses laboratoires. C’est seulement une fois tous ces renseignements pris, que nous pouvons conclure, ou non, à une transmission interhumaine. Et pour l’instant, les cas avérés sont très rares.»

Même son de cloche du côté de l’Institut Pasteur : « Chaque contamination interhumaine intervient lors d’une prise en charge familiale, suite à de très nombreux contacts avec la personne atteinte », précise Sylvie van der Werf, professeur et responsable de l’unité de génétique moléculaire des virus respiratoires. Cette spécialiste de la grippe ajoute : « comme en Thaïlande ou en Indonésie, ces cas de transmissions sont extrêmement isolés ; le risque principal demeure la transmission du virus à partir des volailles. Il n’y a, pour le moment, aucun risque de pandémie ».

Le risque : une mutation du virus

Aucun risque de pandémie, tant que le virus n’a pas muté durablement. Car, comme le précise la scientifique : « Tous les virus mutent à chacune de leur multiplication. A chaque fois, seuls les virus les plus adaptés à leurs hôtes sont sélectionnés et peuvent poursuivre leur invasion. » Ainsi, certains virus H5N1 sont capables d’infecter des oiseaux et d’y créer une chaîne de transmission ; c’est-à-dire qu’ils sont complètement adaptés à ces organismes. Ils s’y multiplient et infectent leurs hôtes. « En revanche, explique Sylvie van der Werf, lorsque un homme est infecté à partir d’un oiseau, le virus va avoir du mal à se reproduire dans son corps. La multiplication existe, puisque des cas de transmission interhumaine existent, mais aucune chaîne de transmission n’a encore été avérée ». En d’autres termes, aucune mutation aléatoire de H5N1 n’a créé un virus parfaitement adapté à l’organisme humain. « Un autre phénomène inquiète les scientifiques, renchérit Gregory Härtl, le virus peut se combiner avec un virus de mammifère proche de l’homme, comme le porc, voire avec un virus humain. » Et dans ce cas, la multiplication serait très rapide !

La grippe : à maîtriser !

Et, si l’on en croit l’Histoire, la multiplication du virus de la grippe a de quoi nous effrayer : en 1918, la grippe espagnole a fait près de 40 millions de morts. Les deux suivantes, la grippe asiatique en 1957 et celle de Hong Kong en 1968, ont fait respectivement 4 et 2 millions de victimes. Afin de pouvoir prévoir un Plan sanitaire efficace, l’Institut de veille sanitaire a modélisé la cinétique et l’impact d’une pandémie de grippe aviaire sur la base de ces pandémies historiques. En l’absence d’intervention sanitaire, le bilan français pourrait s’établir à 9 à 21 millions de malades, et 91 000 à 212 000 décès en fin de pandémie. 500 000 à un million de personnes pourraient développer des complications nécessitant leur hospitalisation. La France doit donc se préparer. Le 9 novembre 2007, un exercice de simulation s’est déroulé au CHU de Bordeaux. Il avait pour objectif d’étudier la prise en charge des patients au niveau régional et d’évaluer la coordination entre les établissements de santé publics et privés au niveau interdépartemental.

On s’inquiète également au niveau européen. Une évaluation des plans nationaux de préparation à une pandémie grippale de 29 pays européens a été réalisée par l’OMS, fin 2006. Elle vient d’être publiée. Même si l’Europe apparaît de mieux en mieux préparée pour faire face à une pandémie, de nombreuses insuffisances et incohérences ont pu être mises en évidence entre les différents plans. Ainsi, l’organisation de l’administration précoce des antiviraux, ou l’identification des groupes prioritaires, restent à améliorer. De même, les mesures de contrôle aux frontières sont encore insuffisantes. Et nombre de ces plans ne sont pas encore en conformité avec les recommandations internationales. Roselyne Bachelot, ministre française de la santé, a d’ailleurs annoncé au début du mois de novembre, au sommet du « G7 + Mexique », à Washington, que la question de la sécurité sanitaire, et en particulier la préparation à une éventuelle pandémie de grippe, devrait être un axe prioritaire de la présidence française de l’Union européenne en 2008.

La recherche en progression

En parallèle de ces Plans de prévention, la recherche se mobilise. L’efficacité des antineuraminidases, tel le Tamiflu, est aujourd’hui prouvée pour lutter contre le virus. Ce médicament est un anti-viral efficace qui peut être utilisé pour un traitement curatif. En revanche, le problème principal concerne la mise au point d’un vaccin. A l’Institut Pasteur, Sylvie van der Werf explique : « La création d’un vaccin est extrêmement délicate, car celui-ci doit pouvoir agir sur une quantité importante de formes de virus H5N1. En effet, des virus hybrides peuvent être créés lors de chaque mutation. Tous les efforts de recherche portent donc sur la possibilité de développer des vaccins avec un spectre d’action aussi large que possible. Les recherches sont toujours en cours, mais il y a des avancées notables. »

Ainsi, en septembre dernier, et dans le cadre du projet européen Flupan, des chercheurs britanniques, italiens, norvégiens et français ont développé le premier vaccin prépandémique dirigé contre le virus influenza aviaire H7N1 hautement pathogène. La souche virale utilisée a été modifiée à l’aide de la génétique inverse pour rendre son utilisation sans danger. Le vaccin a été produit sur culture cellulaire et non pas sur oeuf embryonné, comme c’est habituellement le cas pour les vaccins antigrippaux. Les résultats préliminaires d’un essai clinique mené chez des volontaires ont montré que le vaccin est bien toléré et sans effet secondaire grave.

Un autre objectif de recherche est intéressant : réduire la dose d’antigène (hémagglutinine) présente dans les vaccins, grâce à des adjuvants. Les antigènes induisent l’injection d’au moins deux doses de vaccins pour induire une immunité suffisante. Ceci limite considérablement la capacité mondiale de production de vaccins en cas de pandémie. Il faut donc trouver de nouvelles formulations nécessitant moins d’antigène par dose. L’addition d’un adjuvant, capable de stimuler la réponse immune, pourrait permettre une économie substantielle d’antigène. Cependant, la scientifique précise « Il reste encore un certains nombre de points à régler pour que ces vaccins soient vraiment utilisables. » Et comme nous ne sommes jamais trop prudents : « la meilleure façon d’éviter la transmission interhumaine est encore d’éviter la première transmission à partir d’animaux ».

Commentaires

En plus du problème de mutation de ce virus, rien ne nous protège de nouveaux virus qui pourraient faire leur apparition. Quand on voit certaines pratiques d’élevage c’est quand même évident que des choses comme ça puissent arriver… 😐