Home Vie Quotidienne Conso EURO2016 : qui veut gagner des millions ?
EURO2016 : qui veut gagner des millions ?

EURO2016 : qui veut gagner des millions ?

60
0

C’était une finale de rêve, cette finale de l’UEFA Euro 2016, une finale de rêve… surtout pour Nike. La marque à la virgule, sponsor officiel des deux équipes, était dimanche assurée de la victoire : peu importe le vainqueur, elle serait de toute façon l’équipementier du nouveau champion d’Europe.

Anecdotique ? Pas tout à fait : avec 8 milliards de téléspectateurs pendant un mois de matches à travers toute l’Europe, la marque s’est offert une visibilité et des retombées économiques gigantesques. Les ventes de maillot de football, celui du Français élu homme de la compétition Antoine Griezmann notamment, s’envolent déjà, et les magasins parisiens, en rupture de stock, ont dû se réapprovisionner en urgence. Nike conforte ainsi sa place de leader sur le marché sportif avec 27 milliards d’euros de chiffre d’affaire annuel. Adidas, son challenger et sponsor officiel de la compétition, s’en sort bien aussi avec 17 milliards. Pas mal, pour des entreprises qui continuent de sous-payer leurs sous-traitants et qui font confectionner leurs marchandises dans des ateliers sans droit du travail, loin de nos yeux de consommateurs.

La responsabilité sociale des équipementiers est immense, leurs efforts minimes

Il faut lire à ce sujet l’étude du BASIC (le Bureau d’Analyses sociétales pour une information citoyenne) « Anti-jeu, les sponsors laissent les travailleurs sur la touche ». On y apprend que rien n’a vraiment évolué dans les usines du sud-est asiatique : travail des enfants, cadences infernales, violences anti-syndicales sont toujours des pratiques régulièrement dénoncées par les ONG. Pire que cela, la recherche de profit a conduit les donneurs d’ordre à chercher moins cher encore que la Chine, et hélas, ils ont trouvé : le Vietnam et l’Indonésie, avec des coûts de main d’œuvre en baisse et des salaires en-dessous du minimum vital. Pourtant, sous la pression citoyenne, les équipementiers sportifs (mais aussi les grandes marques de prêt-à-porter, et d’autres multinationales) se sont dotés de codes de bonne conduite, ont fait réaliser des audits sociaux chez leurs sous-traitants, tout en donnant davantage d’informations sur leur chaîne d’approvisionnement. Mais le Basic note que ces efforts tiennent pour beaucoup à un effet d’annonce auprès des opinions publiques occidentales. Sur le terrain, en contradiction avec leur discours affiché de marques responsables, ces entreprises favorisent toujours la logique financière et privilégient les dépenses de marketing au détriment de l’amélioration des conditions de travail et de rémunération des salariés.

La réalité des chiffres : 2 euros pour l’ouvrier

qui a fabriqué vos baskets à 140 euros

La réalité, au-delà des discours de communicants, c’est celle des chiffres d’affaire, et elle est implacable : quand vous déboursez 140 euros pour une paire de chaussures Nike, seulement 2 euros reviennent à l’ouvrier qui les a fabriquées. Même logique chez Adidas, où un maillot officiel, vendu 85 euros chez nous, rapporte 0,60 centimes à la petite main qui l’a confectionné. Et on pourrait en dire autant du 3eme équipementier international, Puma.
Pourtant, s’ils le voulaient, les équipementiers pourraient améliorer la situation. Les estimations du Basic montrent que le paiement d’un salaire vital pour l’ensemble des travailleurs représenterait pour Nike, Adidas et Puma une somme largement inférieure à leurs actuelles dépenses de marketing et sponsoring. A l’échelle d’un produit, payer un salaire vital ne représenterait que quelques dizaines de centimes de plus sur le prix final d’une paire de chaussures ou d’un maillot de sport. Mais c’est en économisant ces faibles sommes sur des millions d’articles que les grandes marques dégagent les sommes nécessaires à la croissance permanente de leurs dépenses de marketing et à leur surenchère dans le milieu du football.

Un autre modèle est possible,

dejà mis en oeuvre par certaines firmes responsables

D’après le collectif, la seule augmentation du sponsoring des 10 principaux clubs de football européens depuis 2013 aurait permis le versement d’un salaire vital à plus de 165 000 travailleurs au Vietnam et 110 000 travailleurs en Indonésie. Le paiement d’un salaire vital dans le secteur du sport n’est donc pas un problème de manque de moyens, il s’agit d’un modèle économique global à repenser. D’autres marques ont commencé à le démontrer depuis quelques années en construisant des modèles alternatifs qui permettent à chacun de vivre de son travail, tout en proposant aux consommateurs des produits qui rencontrent un vif succès. Un exemple : la marque de baskets française Veja a construit ses filières d’approvisionnement et ses prix en déterminant d’abord les revenus qui permettent à chacun de vivre de son travail. Ainsi, ils sont partis des producteurs de matières premières, en particulier le coton et le caoutchouc, puis ont remonté la filière jusqu’aux travailleurs de la confection et à la distribution des produits. Au Brésil, Veja a investi dans la mise en place de filières biologiques, agro-écologiques et équitables pour la production de ses matières premières. En France, l’entreprise travaille avec un atelier de réinsertion qui gère ses stocks et la préparation de ses commandes. Un modèle économique qui se passe très bien des investissements dans la pub et le sponsoring, un modèle où la responsabilité sociale de l’entreprise a du sens. Un modèle enfin où le consommateur lui-même est respecté : malgré la qualité de ces confections, ces chaussures restent moins chères que les grandes marques citées plus haut. Si ce modèle se généralisait, on pourrait vraiment dire qu’on a gagné la Coupe d’Europe des bonnes pratiques !

(60)

Commentaires

News

logo-2013

Envoyer à un ami