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Le prix du gaz fait chauffer la facture des ménages:

Le prix du gaz fait chauffer la facture des ménages:

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+4.7% le 1er juillet 2010. Après une hausse de près de 10% en avril, GDF-Suez obtient une deuxième révision des prix. En pleine crise et dans un marché de l’énergie en pleine mutation, la hausse cumulée de 15% de l’année 2010 approche le record de plus de 20% de hausse de 2005. Une différence de taille: si le marché du gaz était alors haussier, il est aujourd’hui baissier, mais le pétrole sur lequel est indexé le prix est lui haussier.

Le consommateur paye-t-il à l’arrivée une élaboration du prix bien compliquée?



1. Plus 15% en un an, est-ce vraiment justifié?


GDF-Suez justifie la hausse par la meilleure prise en compte des couts de fonctionnement. L’ancien opérateur public (l’État y conserve une participation de 36%) demande depuis longtemps à ce que la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) les intègre dans la formule d’élaboration des prix. Une partie de la hausse est donc imputable à la prise en compte de frais qui auparavant ne l’étaient pas (En espérant que le budget communication en hausse constante – notamment sur vos écrans pour cette Coupe du Monde!- n’en fasse pas partie). Si l’on regarde de près les deux autres facteurs de formation du prix, le cours du fuel et le cours du baril de pétrole côté à Londres (le Brent) d’une part, et le taux de change euro/dollar d’autre part, on relève une hausse moyenne de 20% sur un an. Déjà au mois d’avril 2010 la hausse de 9.7% avait été contenue en-dessous des desirata de GDF-Suez. 45 euros de hausse pour les 6 300 000 foyers qui se chauffent au gaz: amplement justifié dans le cadre règlementaire actuel. Qui apparait très nettement déconnecté de la réalité sociale du pays: avec un pouvoir d’achat en berne, ce sont plus de 60 000 foyers qui se sont vu couper les vannes sur les cinq premiers mois de l’année, et plus de 300 000 sont attendus avant la reprise de l’hiver et du gel annuel des procédures de sanction.

C’est qu’en France le prix de l’énergie a un fort impact politique, les français étant attachés à 65 ans de régulation administrative des prix pour le bénéfice du plus grand nombre. En dépit de l’ouverture à la concurrence du marché le 1er juillet 2007, l’Etat conserve ses habitudes interventionnistes. L’enjeu politique du prix du gaz fait ainsi dire à Christine Lagarde « Je souhaite que la CRE fasse un audit de cette formule parce que je suis assez surprise de la rapidité d’exécution et j’aimerais bien qu’à la suite de cet audit, on détermine si la formule est bonne ».
Il apparait bien que le prix du gaz ne répond ni à une réalité sociale, ni aux règles d’un marché libéral.

2. La libéralisation du marché ne devait-elle pas faire baisser les prix?


Dans son délibéré du 24 juin où elle accède à la demande de révision du barème de GDF-Suez, la CRE écrit la chose suivante: « Aujourd’hui, le contexte de déconnexion entre prix de marché du gaz et prix des contrats long terme majoritairement indexés sur le pétrole, historiquement mis en place pour assurer la sécurité d’approvisionnement en gaz de la France, est propice au développement de la concurrence. A titre d’exemple, les prix des offres proposés par les fournisseurs alternatifs pour un client résidentiel se chauffant au gaz sont jusqu’à 12% moins élevés que les tarifs réglementés ».
La Commission de Régulation de l’Énergie expose ici ce qui pourrait bien être la cause principale du découplage entre prix de marché et prix au consommateur: favoriser la concurrence. Le marché français du gaz est en effet un marché jeune. Trois ans après sa mise en place, peu de français ont quitté leur ancien opérateur. Force de l’habitude, coût des infrastructures: seul Poweo dispose de perspectives de long terme favorables. Ce que nous dit la CRE, c’est que la libéralisation du marché ne fonctionne pas, et pour y remédier, l’opérateur historique doit couter cher pour inciter les particuliers à le quitter. Ce que nous dit aussi la CRE, c’est qu’elle n’est aucunement un organe régulateur. L’interrogation du Ministre de l’Économie et des finances devrait alors aller jusqu’à poser la question de l’utilité d’un organe qui ne fait que donner l’aval aux demandes de GDF-Suez.

L’UFC-Que Choisir dénonce une méthode perverse qui ne va pas atteindre ses objectifs. En situation de monopole objectif, GDF-Suez augmente substantiellement sa rente de position, et les syndicats de dénoncer la politique de tri de l’entreprise, accusée de se délester des petits consommateurs peu rentables. D’autant que la hausse des tarifs règlementés ne concerne pas les gros clients qui obtiennent des ristournes allant jusqu’à 40% du prix. Les nouveaux opérateurs ne vont pas plus qu’hier être intéressés par un marché où seuls les plus petits et les plus fragiles consommateurs sont à séduire. La coexistence de prix règlementés, de prix négociés et de prix de marché eux-même largement indexés sur une autre matière première, le pétrole, répondant à d’autres fondamentaux que le gaz, là réside la vraie difficulté pour ce marché. A l’image des pays anciennement communistes d’Europe de l’Est, la transition d’un marché dirigé vers un marché libéral est bien difficile.

3. Et si on découplait le prix du brut de la formation du prix du gaz?


A valeur énergétique équivalente, le gaz est près de 30% moins cher que le pétrole. Et l’écart n’est pas près de se réduire. La production de gaz ne cesse de croître, et l’Europe va bénéficier de l’énorme gisement offshore russo-norvégien de Shtokman, dans la Mer de Barents. Avec le pipeline North Stream, source de grandes tensions géopolitiques en Europe du Nord-Est, l’approvisionnement européen se dégage des incertitudes politiques en Biélorussie, Ukraine et Moyen-Orient. Plus encore, l’exploitation de gaz non conventionnel aux États-Unis, et la croissance exponentielle du transport en Gaz Naturel Liquide par supertanker contribuent en période de crise et donc de faible demande à créer un choc d’offre durable. Les pays producteurs s’en inquiètent: à l’image de l’OPEP pour le pétrole, ils envisagent de s’organiser en cartel pour maintenir un prix élevé.

La demande d’audit du Ministre de l’Économie et des Finances devrait aboutir à une révision de la formation du prix du gaz en France dans le sens d’une plus grande prise en compte de la réalité du marché. Déjà GDF-Suez ne sollicitera pas de nouvelle hausse en Octobre. Si la CRE est indépendante depuis le 1er janvier 2010, l’État conserve le droit d’intervenir une fois par an dans la fixation trimestrielle des prix. Évident au regard de la liste des pays fournisseurs (Russie, Norvège, Algérie, sans rapport avec l’origine des produits pétroliers, il s’agit bien de deux marchés différents), le découplage apporterait un soulagement au portefeuille des ménages, à condition que le fournisseur le répercute sur l’addition. Dans un contexte de raidissement mondial sous la triple pression de la crise économique, de l’affirmation géopolitique de l’Asie et de la raréfaction des matières premières, entre consommateur et investissement c’est le premier qui sera sacrifié.

Alors qu’une politique énergétique commune se dessine, l’Union Européenne peut aussi jouer de son poids de client, de sa monnaie unique et du développement de sa relation privilégiée avec la Russie pour redéfinir en sa faveur et celle de ses citoyens un marché qui lui échappe. Otage de ces considérations, le consommateur a tout intérêt à revendiquer un développement rapide des énergies renouvelables. Le soleil, l’eau et le vent sont des partenaires commerciaux idéaux: ils ne demandent rien en retour.

LAA



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