Explorateur du passé

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Voir l'image en plus grande Par Sonia Ruspini

« Plus on progresse, plus on est assoiffé de nouvelles connaissances », c’est cet instinct qui régit au quotidien le travail de Smail Mostefaoui, ingénieur de recherche et cosmochimiste au Laboratoire d’étude de la matière extraterrestre (LEME) du Muséum national d’histoire naturelle. Les missions spatiales se multiplient et repoussent sans cesse les frontières de l’homme. Mars, Venus, la Terre, le Soleil sont l’univers de ce chercheur.

« J’essaie de remonter le temps. Le système solaire s’est formé il y a 4, 57 milliards d’années, il existait alors un grand nuage de poussière et de gaz qui s’est contracté, la température a fortement augmenté jusqu’à ce qu’un point s’allume au centre du nuage : alors le Soleil est né, conte Smail Mostefaoui. Le reste des poussières s’est aggloméré pour former les planètes que nous connaissons aujourd’hui. ».

Aux confins du système solaire

A la recherche de l’histoire du système solaire, Smail Mostefaoui analyse la matière extraterrestre, les météorites, des objets qui sont restés tels quels depuis la formation du système solaire. En ce moment, il étudie un paquet très spécial : des poussières provenant du fin fond du système solaire, de la comète Wild 2, dans le cadre de la mission Stardust. Il s’agit d’une sonde spatiale qui a commencé son voyage en 1997. Son objectif était d’aller recueillir des poussières dans la queue de cette comète .. Elle est ainsi partie à sa rencontre dans une des parties les plus lointaines du système solaire. Puis est revenue à destination, sur Terre, le 15 janvier 2006, laissant la précieuse matière aux mains des chercheurs de la NASA qui ont partagé l’échantillon avec différents laboratoires dont le LEME. « C’était une expérience très enrichissante de travailler avec une vingtaine de laboratoires internationaux, et environ 250 scientifiques, se souvient Smail. Ce fut un travail de grande ampleur ».

Tête dans les étoiles

A 40 ans, son quotidien est de remettre en question les fondements les plus profonds de la Vie et de l’Univers. Ce sont des réflexions métaphysiques qui l’ont amené à travailler sur les Stardust mais aussi sur la recherche des premières formes de vie à l’aide de l’analyse de microfossiles. « Les planètes du système solaire ont toutes la même origine, même si elles ont chacune évolué différemment », explique-t-il.

Vénus, Mars, la ceinture d’astéroïdes…, les recherches de Smail Mostefaoui abordent en fait tous ces sujets. Il analyse ainsi des grains présolaires dans les météorites primitives, afin de comprendre au mieux leur formation dans leur environnement stellaire. L’un de ses sujets les plus passionnants est sans doute l’étude du fer-60, un élément présent en grande quantité dans les supernovae (1), dont l’existence dans les météorites les plus primitives prouverait l’explosion d’une supernova juste avant ou pendant la formation du système solaire.

Aux yeux de Smail, la conquête de l’espace passe nécessairement par notre voisine la Lune. Pour lui, elle est un site d’observation privilégié, vu qu’elle est dépourvue d’atmosphère.

Aussi, ce passionné des étoiles ne serait pas contre un petit voyage dans l’espace, « mais à condition de revenir », plaisante-t-il. « Aujourd’hui les missions spatiales s’envolent de plus en plus loin, mais je ne pense pas que l’on aura les moyens de quitter la Terre de si tôt, à moins que l’on mette au point de nouveaux moyens de survie. »

Infiniment petit et grand

Jeune étudiant originaire d’Algérie, Smail arrive en France pour ses études universitaires. Il commence par la physique et se spécialise plus tard sur un outil qui deviendra l’objet fétiche du laboratoire: la NanoSIMS, un spectromètre de masse qui analyse la composition de la matière extraterrestre, des poussières et fragments de météorites de très petite taille, avec une très grande précision.

Un DEA sur les géomatériaux dans l’équipe de Claude Allègre le met sur les rails. Puis il entre au Muséum, en thèse, sur l’origine des inclusions de Carbone dans le métal des météorites. C’est là qu’il commence à côtoyer l’ancêtre de l’actuelle NanoSIMS. « Je voulais, au départ travailler sur l’infiniment grand, mais j’en suis arrivé à étudier l’infiniment petit ».

Lors de son post-doctorat, il va tout apprendre sur l’engin, voyageant tantôt aux Etats-Unis, tantôt au Japon ou en Allemagne, contrée où il fut le premier appelé pour installer la NanoSIMS à l’Institut Max-Planck de Mayence lors de son post-doctorat. Devenu expert en la matière, Smail Mostefaoui entre comme ingénieur de recherche au LEME en 2004, à la fin de ses études. Il est alors aux premières loges pour y recevoir et installer la NanoSIMS de dernière génération, en 2006. On se bouscule désormais à sa porte pour voir l’engin, comme une belle voiture, signe d’une réussite qui brille un peu à la manière d’une étoile dans l’Univers…

(1) Une supernova est l’ensemble des phénomènes directement issus de l’explosion d’une étoile, qui s’accompagne d’une augmentation brève mais fantastiquement grande de sa luminosité. Vue depuis la Terre, une supernova apparaît donc souvent comme une étoile nouvelle (d’où son nom), alors qu’elle correspond en réalité à la mort d’une étoile.

BIOexpress

  • Thèse au Muséum National d’Histoire Naturelle en 1992 sur la formation du métal lors de la formation de la nébuleuse solaire ;
  • Post Doctorat à Mayence en Allemagne, puis au Japon sur les NanoSIMS ;
  • Entre au Laboratoire d’étude de la matière extraterrestre fin 2004 ;
  • 2006, le laboratoire s’équipe de la dernière génération de NanoSIMS et reçoit les échantillons de la comète Wild 2.
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