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Travail d’utilité publique

Travail d’utilité publique

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S’il y a un livre qu’il faut avoir lu avant cette rentrée professionnelle et/ou scolaire, c’est bien « Le Droit à la paresse ». Pas franchement récent (publié en 1880 !), l’ouvrage de Paul Lafargue est un indispensable manifeste social qui démythifie le travail et la place centrale que nos sociétés lui octroient. A l’heure de reprendre le chemin du bureau, à l’heure aussi où l’emploi se raréfie, il est nécessaire de s’interroger sur notre rapport au travail.

Dès le premier chapitre, Lafargue s’étonne de « l’étrange folie » qu’est l’amour que la classe laborieuse porte au travail aliénant, fatiguant et abrutissant.
Et l’auteur de pointer que les sociétés primitives échappent à ce dogme, de même que les civilisations antiques dans lesquelles les philosophes considéraient le travail comme une « dégradation de l’homme libre ».

Travailler pour s’émanciper ou s’enchainer au boulot ?

Bien entendu, le livre date et certaines de ses analyses ne résistent pas longtemps à la critique. On pourra ainsi rétorquer qu’il vaut mieux une société laborieuse et juste, plutôt que le modèle antique vanté par l’auteur où l’aristocratie pouvait se consacrer au monde des idées et de la philosophie, parce que des armées d’esclaves s’occupaient des travaux des champs…
Mais 136 ans plus tard, l’ouvrage de Lafargue reste d’actualité car il interroge notre liberté et le sens de cette activité qui nous occupe (nous accapare ?) en moyenne 230 jours sur 365 : travailler pour s’émanciper ou s’enchainer au boulot ? Exister par ce qu’on est, ou uniquement par ce qu’on gagne ?
Plus loin, l’auteur analyse avec une étonnante modernité deux risques pernicieux de la société du travail : le chômage et la surproduction. Un jour, écrit-il en substance, les ouvriers s’épuiseront à rivaliser avec les machines plus efficaces qu’eux et rogneront volontairement sur leurs jours de repos pour être plus productifs. Quand aux bourgeois, ils devront consommer d’avantage pour soutenir cette production !

Remunérer les activités utiles socialement

Etonnantes prédictions que la science économique et les analyses sociales n’ont pas démenties : plus d’un siècle plus tard, nos sociétés enregistrent en effet 10 % de déclassés, chômeurs exclus non seulement du monde du travail, mais de la vie sociale toute entière. Et l’incroyable gaspillage de notre mode de vie confirme bien la surproduction planétaire. Oui aujourd’hui, le modèle du « travailler plus pour continuer à gagner plus pour consommer plus et polluer plus » a perdu tout son sens.

Un mot encore : Paul Lafargue n’était pas le premier essayiste venu, c’était aussi le gendre de Karl Marx dont il a tenté de vulgariser les thèses, en les appliquant au modèle patrons-ouvriers de l’époque. Certes, ce modèle a vieilli, mais il sous-tend toujours le sens de notre organisation sociale et économique. Alors cette semaine, interrogeons notre rapport au travail et reconnaissons-le : on peut trouver sa place dans la société et être utile socialement par bien d’autres actions que notre labeur quotidien. Il est temps de pousser la reflexion sur un revenu minimum universel qui permettrait de valoriser et de rémunérer l’engagement bénévole en faveur de l’environnement, de la cohésion sociale, bref toutes activités non reconnues, non payées et pourtant bien plus utiles que certains vrais emplois de traders…

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