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Inondations : l’eau monte, notre responsabilité aussi

Inondations : l’eau monte, notre responsabilité aussi

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Quatre morts, vingt-quatre blessés, 862 communes sinistrées dans 17 départements, 25 000 personnes évacuées, des entreprises dévastées, des autoroutes défoncées? Au bas mot, un milliard d’euros de dégâts sans compter les pollutions connexes : triste bilan et lourde facture, après les inondations meurtrières de ces dernières semaines. Mais sommes-nous capables de remettre en question nos modèles de développement et d’aménagement du territoire ? Si non, les épisodes de crue se multiplieront et seront toujours plus dévastateurs.
Car les inondations ne sont jamais seulement des « catastrophes naturelles » : si les crues des rivières se transforment en inondations aux graves conséquences sur nos vies et notre économie, c’est notamment parce qu’on a bétonné et détruit plus de 50 % des zones humides du pays.

Le risque d’inondation est devenu le premier risque naturel en France

Déjà, en 2013, l’OCDE tirait la sonnette d’alarme : en cas de crue centennale, prédisait l’institution, il faudrait miser sur 600 000 personnes déplacées, 100 000 logements affectés, 30 à 40 milliards de dégâts, un ou deux points de PIB de la France évaporés, et au moins trois ans avant de retrouver une situation « normale ». On a échappé, pour cette fois, à la crue du siècle, mais qu’avons-nous fait de ce rapport ? Des plans d’évacuation pour répondre à l’urgence, mais nous n’avons toujours pas décéléré sur les causes : on bétonne toujours plus l’Ile-de-France, les rubans d’autoroute poursuivent le grignotage des terrains, leurs remblais créent des retenues d’eau artificielles, le macadam imperméabilise les sols, on continue de préférer les centres commerciaux gigantesques au maillage rural : et voila comment le risque d’inondation est devenu le premier risque naturel en France, menaçant 17 millions de personnes et 9 millions d’emplois.Des dégâts aggravés par la mauvaise gestion du développement urbain, la dégradation de l’environnement, mais également la précarité et la pauvreté. Les plus lourdes pertes affectent en premier lieu les populations les plus fragiles, celles qui, possédant moins d’instruction ou de pouvoir d’achat, sont moins bien armées en termes d’assurances. Et puis il y a la complexe mais cruciale question des dévolutions et autres concessions du public vers le privé, parfaitement illustrées par la fermeture de l’autoroute A10 entre Orléans et Paris. Le 31 mai dernier, l’autoroute A10 a été submergée par l’eau au nord d’Orléans, à la suite des intempéries. Des milliers d’automobilistes ont pu sortir à temps du réseau autoroutier, mais plus de 400 véhicules particuliers et 200 poids lourds sont restés piégés entre deux nappes d’eau. L’attente a duré plus de dix heures jusqu’à ce que des camions militaires viennent les secourir. Pour sa défense, la société concessionnaire invoque qu’elle n’a pas le pouvoir de fermer unilatéralement une autoroute et renvoie sur la responsabilité du Préfet. La mésaventure, qui n’a heureusement pas fait de victime, souligne la nécessité de renforcer la coordination locale de décision. Sans compter que dans la région tout le monde sait qu’il y avait à cet endroit un lac que les ingénieurs ont voulu ‘supprimer’, avec l’aval des technocrates. Résultat: quand il pleut beaucoup, le lac réapparaît… Et le pompage d’urgence à grand renfort de satisfecit médiatique a surtout eu un effet non signalé: c’est que des villages jamais inondés l’ont soudain été….Merci l’aménagement du territoire façon Vinci et autres concessionnaires….

Comprendre pour que cela ne se reproduise plus

Mais la leçon primordiale de cet épisode dramatique est de le comprendre pour qu’il ne se reproduise plus : ne pas se laisser aller, par confort intellectuel, à ranger ces deux semaines dans la catégorie « événement exceptionnel » de notre mémoire collective. Certes, les volumes de pluies de mai-juin 2016 ont battu des records historiques qui ont culminé avec une crue de la Seine à Paris à 6,10 mètres. Mais il faut dépasser le sensationnel et évacuer l’exceptionnel car désormais, ce n’est plus une « fatalité » ou un « événement imprévisible » : même si les météorologistes répugnent à l’admettre, ces épisodes sont fortement corrélés à l’activité humaine. En clair, l’évolution du climat planétaire induira désormais la fréquence d’épisodes extrêmes tels que vagues de chaleur, sécheresses, pluies abondantes, tempêtes. L’American Meteorological Society (AMS) a ainsi analysé douze événements météorologiques extrêmes survenus en 2012 : pluies torrentielles en Australie, en Chine et au Japon, vagues de chaleur aux États-Unis, été humide en Europe du nord, sécheresse en Espagne, baisse record de la surface de la banquise arctique, sans oublier l’ouragan Sandy. Ses conclusions sont sans appel : sur douze événements étudiés, six avaient un lien direct avec le changement climatique.

Alors, combien de canicules meurtrières, combien de crues catastrophiques devrons-nous encore affronter avant d’admettre l’évidence ? Ce qui nous arrive n’est pas une malchance, ni une malédiction du ciel : c’est notre oeuvre industrielle, et notre ignorance ou notre passivité à tous qui sont en cause.

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