Sauve qui peut !

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Chronique de Serge Orru le 13 avril 2010 pour l’émission  » C’est pas du vent  » d’Anne Cécile Bras pour Radio France International


serge-orru » En 1854, le capitaine Ward inventa le gilet de sauvetage composé de morceaux de liège cousus dans une ceinture de toile. Depuis le gilet orange a bien évolué. Il est plus efficace pour sauver des vies mais le législateur a choisi de durcir les normes internationales en vigueur. En effet, depuis le 1er janvier 2010, si vous partez en mer, à plus de six miles des côtes, vous devrez porter un gilet de sauvetage avec un meilleur indice de flottabilité.
Ainsi ce sont donc des milliers d’embarcations qui vont devoir changer leurs  » life-vest « . Et sûrement satisfaire les fabricants qui vont produire les nouveaux modèles.
Mais que faire des gilets devenus obsolètes ? Des millions de gilets en nylon avec leurs fermetures éclairs et flotteurs en polystyrène vont errer dans les décharges, caves et greniers et se consumer dans le mythe purificateur du feu des incinérateurs. D’autres vont partir en mer pour des millénaires rejoindre les continents de déchets flottant entre deux eaux.
Voilà un exemple flagrant d’accélération de la fin d’un produit jetable !
Soyons clairs, je ne remets pas ici en cause les normes nouvelles qui améliorent la sécurité. Mais il faut déplorer le gaspillage et la cécité de nos sociétés imprévoyantes qui ne prennent pas la peine d’éco-concevoir les objets que nous consommons et jetons hélas trop rapidement.


L’éco-conception consiste à réduire les nuisances sur l’environnement du produit à toutes les étapes de sa vie en réduisant l’utilisation des matières premières et de l’énergie nécessaire à sa fabrication.
La durée de vie des produits de consommation courante est de plus en plus courte et leur nombre est multiplié. Un objet devient obsolète lorsqu’il ne correspond plus à une norme réglementaire, qu’il semble démodé ou quand il n’est plus en phase avec les nouvelles technologies ou dès qu’il tombe en panne et que sa réparation est impossible ou trop chère.

Ainsi, on changera son téléphone car la batterie ne marche plus ; son ordinateur parce que les logiciels proposés demande une plus grande capacité de calcul ; sa garde robe plus au goût du jour ; son grille pain car le réparer coûte deux fois plus cher que l’achat d’un neuf.
Mais pour fabriquer ces objets, on utilise les ressources naturelles de la planète, des énergies fossiles, de l’eau. Allonger leur durée de vie dans notre monde fini ainsi qu’améliorer leur recyclabilité, permettra de diminuer leur empreinte écologique, et aussi, de créer de nouveaux services et des emplois.
Le paradoxe est que nous sommes matérialistes mais faisons finalement peu de cas de la matière.
Nous fabriquons chaque année en France l’équivalent d*un Mont Blanc de déchets.
Mais quand va t-on enfin passer de la société du jetable à la société du durable ?  »

Serge Orru, président du WWF

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