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Incendie de Fort McMurray : c’est la planète qui brûle

Incendie de Fort McMurray : c’est la planète qui brûle
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2 000 habitants en 1966, 76 000 le 3 mai dernier, et plus personne aujourd’hui : bienvenue à Fort McMurray, province de l’Alberta. Une ville champignon qui a poussé grâce à la ruée vers l’or noir, mais qui a du être évacuée en urgence après des incendies hors de contrôle. A Fort McMurray , c’est peu de dire que l’industrie pétrolière est partout : elle finance les activités culturelles, le Casino et les club sportifs. Le nom de l’équipe locale de Hockey ? Les «Oil Barons» : les Barons du pétrole, tout est dit ! Surtout, l’industrie pétrolière fournit du travail à l’ensemble de la population. La province abrite la troisième réserve mondiale de pétrole non conventionnel : un bitume dense et visqueux mélangé à du sable, à de l’argile et à de l’eau dont elle extrait plus de 2 millions de barils quotidiens. La production de ces sables bitumineux a fait la prospérité de la région, et personne n’imaginait son déclin.

Cupidité et rentabilité à court terme
contre protection de l’environnement et des populations

Mais pour extraire le pétrole de ces sables, il faut dépenser 3 fois plus d’énergie et d’eau que pour une exploitation classique. Et en termes environnementaux et sanitaires, la facture est lourde : destruction de terrain, pollution des nappes souterraines, pluies acides.
La belle forêt boréale ? Rasée depuis longtemps.
La chasse au caribou ? Le gibier se fait rare.
La rivière Athabasca ? Mieux vaut ne pas y mettre un orteil, vu les lésions observées sur la peau des poissons.
D’ailleurs, ceux qui consommaient encore le produit de leur pêche ont connu des taux de cancers inquiétants. Même l’eau du robinet semble suspecte et provoque des démangeaisons et de l’eczéma à chaque douche.
Privées de leurs ressources traditionnelles, les populations autochtones n’ont plus que le choix entre partir ou trouver du travail dans une compagnie pétrolière. Bref, tout le monde connaissait les dégâts, mais les pouvoirs publics et les compagnies pétrolières ont gardé la tête dans le sable -bitumeux-, trop heureux de cet argent facile qui a fait la prospérité du pays.

Des incendies qui ne sont pas dus au hasard

Jusqu’à cet incendie gigantesque qui s’est déclenché le 3 mai dernier et qui pourrait être le grain de sable qui enrayera la machine bien huilée. Les violents feux de forêt hors de contrôle ont poussé à l’évacuation immédiate des habitants de la ville et des environs. Plus de 100 000 hectares ont déjà été détruits, 15 fois la superficie de Paris. Et l’on en est réduit à implorer la pluie…L’industrie pétrolière n’est pas la cause directe de cette catastrophe mais elle y a contribué, et comment ! La région autrefois si verte connait une sécheresse inédite et des températures anormalement élevées pour la saison : 30 degrés en ce moment, alors que cette province septentrionale enregistre plutôt 15 degrés à cette période de l’année. Surtout, les données collectées par les écologistes canadiens ont montré que la région d’Alberta est responsable pour la quasi-totalité des 18% d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre depuis 1990. Il est temps d’admettre le changement climatique, il est temps d’arrêter cette folie des énergies fossiles qui contribuent au dérèglement global. L’Alberta en fait aujourd’hui l’amer constat. Et nous devons soutenir cette prise de conscience : Barack Obama a opposé son veto au projet d’oléoduc qui devait acheminer le pétrole canadien dans le golfe du Mexique. Chez nous, en Europe, il n’a manqué qu’une dizaine de voix au Parlement européen en 2014 pour qu’on interdise les importations de ce pétrole sale. Avec Fort Mc Murray, c’est la planète folle de pétrole qui brûle. On attend les pompiers ?

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