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La recrudescence des maladies émergentes

La recrudescence des maladies émergentes
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Les maladies dites émergentes gagnent de plus en plus de terrain, et ce, notamment en raison des dégradations de l’environnement. Jean-Pierre Besancenot, chercheur au Laboratoire « Climat et Santé » de la faculté de médecine de Dijon, nous expose ce risque.

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Qu’est-ce qu’une maladie émergente ?

Une maladie émergente est une maladie qui jusque là n’avait jamais été rencontrée dans une région, soit pour des pathologies qui étaient peu fréquentes et brusquement le sont devenues, soit encore pour des pathologies qui avaient été éradiquées et qui reviennent en force. Ces maladies dites émergentes sont en recrudescence depuis une vingtaine d’années.

Pouvez-vous citer quelques exemples de maladies émergentes ?

L’exemple type : le sida, dont les 1ers cas ont été déclarés en 1981. Il y en a beaucoup d’autres : que ce soit l’Ebola, pathologie hémorragique présente en Afrique centrale, la fièvre du Nil un peu partout dans le monde occidental notamment en Amérique du Nord ou encore le chikungunya à la Réunion.

La dégradation de l’environnement est-elle un des facteurs majeurs qui contribue à la recrudescence des maladies émergentes ?

C’est certainement l’un des facteurs mais il n’est pas le seul en cause. Toutefois, il participe considérablement à l’émergence de nouvelles maladies, ne serait-ce qu’en conduisant au franchissement de la barrière des espèces. C’est ainsi que des virus qui étaient inféodés à une espèce animale, deviennent aptes à infester d’autres espèces, l’homme en particulier. Et ce, parce qu’un beau jour les animaux en question se retrouvent dans des milieux auxquels ils n’étaient pas adaptés. Ce fut par exemple le cas du virus du sida qui au départ se concentrait sur certaines populations de singes.

Vous venez d’écrire un livre (« notre santé à l’épreuve du changement climatique ») qui fait le lien entre l’apparition de nouvelles maladies et le changement climatique. Pouvez-vous nous expliquer ce trait d’union ?

On peut considérer que le changement climatique intervient peu sur les microbes, virus et parasites en eux-mêmes mais joue considérablement sur les insectes ou les acariens qui sont vecteurs de ces microorganismes. L’homme est lui aussi affecté par le changement climatique en tant que récepteur de ces infections.

Les oiseaux migrateurs sont l’un des principaux réservoirs de virus. Comment gérer ce risque ?

Probablement du fait du réchauffement climatique, peut-être aussi en raison d’autres modifications de l’environnement, les migrations d’oiseaux interviennent plus tôt dans l’année et s’exercent sur de plus longues distances. On voit apparaître des oiseaux qui nous étaient jusqu’à présents inconnus, porteurs de virus, de bactéries… Il suffit qu’il y ait sur leur lieu de destination des insectes susceptibles de les véhiculer et une épidémie peut s’installer très rapidement.

De plus en plus de maladies sont-elles à craindre dans le futur ?

Personne ne peut écarter l’éventualité d’apparition de nouvelles maladies. Mais on risque d’observer surtout des maladies qui étendent leur aire de répartition sur des régions où elles n’étaient pas présentes. Ce qui ne signifie pas que les virus en question étaient inexistants, mais plutôt qu’on ne les avait jamais détectés ou alors qu’ils étaient simplement inoffensifs et sont devenus actifs.

Quelles solutions peut-on envisager pour se protéger de ces menaces qui sommeillent ?

Je pense que la 1ère mesure à prendre est la surveillance des populations d’insectes et d’acariens. Cela me semble fondamental, spécialement dans les régions méditerranéennes qui sont à la charnière entre les zones tropicales et celles plus tempérées. La surveillance épidémiologique permettra de limiter l’apparition de nouvelles maladies dans les populations, du moins si l’on met en place une grande concertation internationale. Ces problèmes ne peuvent se gérer localement mais doivent l’être à l’échelle planétaire.

Peut-on encore être optimiste avec ces maladies qui guettent l’homme ?

Il ne faut pas dramatiser. Des virus il y en a des dizaines de milliers. Seul un petit nombre est susceptible de déclencher des maladies redoutables. Les progrès de la médecine ont été par ailleurs considérables et permettent de traiter de nombreuses pathologies. Si l’on met en place des surveillances, l’avenir peut être considéré d’un point de vue relativement optimiste. En revanche, si l’on réagit une fois qu’une maladie est déjà implantée, c’est là qu’il risque d’être extrêmement difficile de s’en débarrasser.

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