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"Créons un Institut de veille environnementale"

"Créons un Institut de veille environnementale"
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Ancien député, maire de Mouans-Sartoux (06), André Aschieri est vice-président de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire et Environnementale (AFSSET), qu’il a créé en 2003. Pour lui, c’est clair, il faut aller encore plus loin en misant davantages sur la prévention. D’où son idée d’un Institut de Veille Environnementale, reprise par le Président de la République en conclusion du Grenelle de l’environnement, en novembre dernier.

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Vous vous battez depuis longtemps pour l’environnement et sur les risques que comporte un environnement dégradé pour la santé, vous êtes à l’initiative de la création de l’AFFSSA et de l’AFFSET, sommes-nous prêts aujourd’hui à gérer ce risque santé-environnement ?

Je suis écolo depuis 30 ans. J’ai été élu député en 1997, au moment où la France sortait de 3 crises très graves : la vache folle, le sang contaminé et l’amiante. Suite à la vache folle nous avons créé l’AFFSA. Pour le sang contaminé, j’ai créé avec JF Mattéi, l’établissement français du sang. Et dès le départ, j’ai dit si on ne fait que ça on ne s’en tirera pas. Il fallait quelque chose de plus large, une agence française de l’environnement pour couvrir tous les problèmes de santé liés à l’environnement. Car aujourd’hui 80% des cancers sont liés à l’environnement humain, incluant l’alimentation, ceux qui fument, qui boivent…, tout ce qui est étranger au corps. D’ailleurs, nous avons fait une étude très poussée sur la pollution de l’air qui fait désormais référence. Pour la France, entre 6500 et 9500 morts prématurés par an sont dûs uniquement à la pollution de l’air.

Comment prévenir d’autres crises comme la vache folle ou l’amiante ?

Pendant 10 ans à l’Assemblée Nationale et 5 ans en tant que vice-président de l’agence que j’ai créée (l’AFFSET), je me suis battu pour créer un Institut de Veille Environnementale (IVE). Aujourd’hui, il existe un institut de veille sanitaire (INVS). Son travail consiste à savoir quelle est la santé des habitants et comment elle va évoluer. Mais à l’époque j’avais déjà alerté sur le fait que si on ne commençait pas par créer un Institut de Veille Environnementale, on s’occuperait d’abord des gens qui sont malades. Or, je souhaitais que les gens ne soient pas malades.

A ma grande surprise, j’ai été retenu pour participer au Grenelle de l’environnement par l’AMF, l’Association des Maires de France. J’ai défendu là encore mon idée qui consiste à répondre à la question suivante : comment surveiller l’environnement et éviter que de nouvelles crises ne se reproduisent ? Je l’ai défendue et le Président Sarkozy a dit, dans sa conclusion du Grenelle à l’Elysée qu’il fallait absolument créer un IVE, alors que ça fait 10 ans que je le réclame. J’ai finalement eu gain de cause. Le plus étonnant c’est que ce n’est pas quelqu’un de mon bord qui le propose. S’il va jusqu’au bout, ce sera très bien. Dans ce cas, je pense qu’Il le confiera sans doute à l’AFFSET car cette agence a pour vocation d’être une tête de réseau, pouvant être saisie par les ministres, les associations agréées, voir s’auto-saisir sur les problèmes liés à l’environnement. Elle a signé des conventions avec pratiquement tous les laboratoires français publics ou privés. Ils sont désormais obligés de passer par elle en cas de problème. Par exemple, s’il y a un souci au niveau marin, ce sera l’Ifremer, pour le sol le BRGM, dans le secteur du bâtiment : le CSTB, au niveau de l’atmosphère : l’ADEME. Donc, l’AFFSET travaille en association par convention avec tous ces instituts, si bien que ça lui permet de réagir immédiatement et de donner une réponse immédiate à la question qui se pose. Ce qui n’existait pas avant. Les connaissances existent en France mais elles étaient éparpillées. Le rôle de l’AFFSET consiste à rassembler toutes ces connaissances. Le futur IVE, quant à lui, aura pour rôle de surveiller l’état de l’environnement, comme s’il était un malade. Car si l’environnement est mauvais, c’est l’homme qui va être malade par la suite.

Avec un IVE qui pourrait être créé demain, est-ce que cela suffira à anticiper des crises comme l’amiante par exemple ?

Rien ne suffit. Mais on sera alors obligé de surveiller l’état de la terre, de l’eau, de l’atmosphère, des sols, et de tout ce qui entre dans le champ de l’environnement humain. Ainsi, l’Etat pourra anticiper d’éventuelles nouvelles maladies. Si l’on sait que certaines bactéries, microbes et autres, vont se retrouver en France demain en raison du réchauffement climatique, on pourra alors anticiper. Le système français est pour l’instant le suivant : la maladie est une fatalité. Rares sont les médecins qui vont chercher à savoir pourquoi vous avez le cancer sauf si c’est un cancer du fumeur.

Aujourd’hui, on soigne très bien en France, les soins sont peut-être parmi les meilleurs du monde mais on n’essaye pas de prévenir les pathologies. En son temps, Pasteur avait essayé de prévenir les maladies et les risques liés au manque d’hygiène. On pense maintenant que la médecine, la chirurgie, la neurologie sauveront tout. Actuellement, l’Etat ne verse que 2% du budget de la Santé pour la prévention. Autrement dit pas grand chose, alors que si l’on fait plus de prévention, il y aura moins de maladies, moins de soins, moins de déficit de la sécurité sociale et une meilleure qualité de vie des habitants. L’argent économisé ainsi peut à nouveau être investi pour la médecine préventive dans les écoles, pour la médecine du travail. C’est un cercle vertueux.

Mais tous ces problèmes ne doivent-ils pas être suivis au niveau mondial ?

Depuis peu de temps il existe déjà une organisation européenne. C’est un début en vue d’une collaboration internationale avec le projet REACH qui a pour mission, en relation avec l’AFFSET, de suivre les 30 000 produits chimiques susceptibles de poser problème en Europe. La nouveauté de ce projet est que l’industriel ne pourra mettre sur le marché une molécule que s’il a prouvé qu’elle est inoffensive. Les industriels vont donc devoir payer des études pour démontrer l’innocuité de leurs produits et elles seront validées par l’AFFSET et l’Agence Européenne de l’Environnement basée à Helsinki. L’ AFFSET ne va pas travailler qu’avec l’Europe. L’agence va également collaborer avec l’EPA aux Etats-Unis, l’agence américaine de l’environnement et de l’alimentation.

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