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Soigner les plantes en musique, une  réalité ?

Soigner les plantes en musique, une réalité ?

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Nous avons pour beaucoup entendu vanter les mérites de la musique sur nos mœurs. Elle rendrait les enfants plus intelligents, conditionnerait nos humeurs … Or cet effet pourrait bien avoir une explication tout à fait scientifique. Depuis plus de 30 ans, Joël Sternheimer s’appuie sur une théorie qu’il a mise au point pour guérir les plantes de maux divers. Pour cela il lui suffit de placer des hauts-parleurs chez les viticulteurs et maraîchers et d’y diffuser des mélodies bien précises. Ondes sonores, théorie quantique, arrangements empiriques, mesures au ressenti… La théorie oscille entre maîtrise de sujets pointus, résultats probants et fausses notes assumées.

Peut-on commercialiser une technologie reposant sur une théorie non prouvée ? Et comment expliquer le désamour de la communauté scientifique pour ces idées atypiques ?

Michel Duhamel commercialise, avec sa société Genodics, les appareils qui diffusent les mélodies dans les serres et les champs. Nous l’avons rencontré pour répondre à ces questions et tenter d’approcher la complexité de la vérité scientifique.

B.R : Pour vous, on peut traiter les plantes sans pesticides ?

M.D : Je ne dis pas qu’on peut traiter toutes les pathologies sans pesticides. Notre approche, c’est d’aider la plante à faire mieux ce qu’elle sait déjà faire. Elle produit elle même des molécules de défense contre les pathogènes, donc c’est de stimuler la production des protéines qui accompagnent ce processus. Alors est-ce que ça peut suffire à tout faire, on n’en sait rien, il y a tellement de combinaisons possibles.

On travaille plus en régulation, pour rétablir des équilibres plutôt que d’imposer quelque chose à des organismes qui n’en veulent pas.

B.R :  C’est un peu une médecine douce…

C’est une médecine douce, évidemment.

 



Genodics au secours des vignerons : Pour lutter contre l’esca, une maladie du bois de la vigne, les viticulteurs avaient l’habitude d’utiliser l’arsénite de sodium. A son interdiction en 2001, beaucoup se sont trouvés désemparés. Genodics a composé la mélodie appropriée.Depuis, c’est près de 80 exploitations viticoles qui se sont converties, avec des résultats indéniables, d’année en année.



B.R : Comment expliquez-vous cette technologie ? Comment on agit sur des plantes avec des mélodies ?

C’est la chaine d’acides aminés qui compose chaque protéine que nous pouvons traduire, décoder, sous forme de séries de notes de musique qui interviennent, interfèrent avec le processus de synthèse des protéines. Elles permettent, lorsqu’on passe la mélodie directe, d’augmenter le taux de synthèse de la protéine, et lorsqu’on passe la mélodie en opposition de phase1, d’inhiber cette synthèse. Et au final d’avoir plus ou moins de la protéine qui nous intéresse.

B.R : Le processus a-t-il été prouvé scientifiquement ? Où vous constatez seulement que cela fonctionne, sans vraiment savoir pourquoi ?

Au début c’est un travail purement théorique, une idée qui a ensuite été expérimentée. Et le constat des faits et venu fortuitement. Sternheimer, lorsqu’il a eu l’idée, il ne savait pas que cela produirait des effets. Et donc c’est à partir de ce moment là qu’il s’est davantage intéressé à la biologie et a multiplié les expériences sur les humains, sur les animaux, sur les plantes pour vérifier qu’il se passait bien quelque chose. C’était des expériences globales.

Ensuite, pour valider son brevet européen, les examinateurs ont demandé des preuves en terme de variation de concentration des molécules concernées. Ça a été fait, deux expériences2 faites par des chercheurs ont prouvé qu’il y avait un effet au niveau moléculaire.

« Dans la manière dont cela se passe,
il y a encore une zone de flou »

B.R : Êtes-vous donc en capacité d’expliquer comment le processus agit ?

Il y a une théorie, qui produit des effets, et ces effets sont répétables. Donc en terme d’entreprise et pour nos clients ça suffit. Je veux dire, au niveau microscopique, dans la manière dont cela se passe, il y a encore une zone de flou.

Et nos clients sont loin de comprendre tout de la théorie, mais ce n’est pas vraiment ce qu’ils attendent. Ce qu’ils attendent c’est de voir si ça marche et si effectivement ils ont des résultats et s’ils peuvent réduire la mortalité ou une perte sur les productions. Et on leur offre une garantie de résultats, s’il n’y a pas de résultats suffisant on les rembourse. Et, bon, chaque année on est amené à rembourser quelques clients parce que des résultats ne sont pas toujours significatifs.

B.R : Cela concerne de nombreux clients ?

Oh, c’est quand même environ 15% de notre chiffre d’affaire. Comment expliquez-vous l’ignorance de la communauté scientifique à votre égard ? Vous savez, dans la science actuelle, les chercheurs sont amenés à savoir de plus en plus de choses sur des domaines de plus en plus étroit, et ce qui est en dehors de leur domaine les gêne, quelque part. Ils cherchent à aboutir, à trouver des explications d’abord, des applications ensuite de ce qu’ils connaissent bien et de ce qu’ils creusent.

Alors, il y a des jeunes, bien sur qui s’y intéresseraient mais à ce moment là se pose le problème du financement. On nous dit « D’accord on veut bien travailler là-dessus mais est-ce que vous pouvez payer les travaux ? ». Et bien en fait, nous, en tant que start-up, non. On n’a pas trop les moyens, on a un budget très, très limité.

Il faut dire que la recherche publique souffre beaucoup des politiques de réduction des financements publiques pour la recherche, qui oblige les laboratoires à aller chercher de l’argent privé pour compléter les dotations qui leurs sont faites. Et chercher de l’argent privé, ça veut dire se mettre au service d’entreprises, qui vont orienter les recherches dans le sens qui les intéressent. Et qui est-ce qui a les moyens de payer des grosses recherches ? Jusqu’à présent c’est les grandes entreprises de l’agrochimie ou de la pharmacie qui ont réussi à accumuler des ressources très importantes.

« En matière de science, le pourquoi n’est jamais définitif  »

Enfin ce qui bloque à mon avis c’est aussi l’aspect propriété intellectuelle. Effectivement les applications, le code mis au point par Sternheimer sont protégés, donc si les labos développent d’autres applications à base du même code, nous qui en tirerons les fruits.

B.R : Vous ne vous êtes donc pas focalisé sur la recherche avant de commercialiser les boitiers ?

Il y a des papiers qui sont disponibles en ligne dans lesquels Joël Sternheimer donne des explications mathématiques, mais aussi des interprétations un peu plus globales, philosophiques et qui dérangent parce qu’on nous dit : « Ah ! Ça, c’est pas scientifique ». On donne des explications qui valent ce qu’elles valent, mais elles ne sont pas certaines. Vous savez, les théories qu’elles qu’elle soient, qui expliquent le pourquoi, 50 ou 60 ans après, elles sont remises en cause et on trouve une autre explication plus fondamentale. Le pourquoi n’est jamais définitif en matière de science. La science produit des images. La réalité est forcément différente de l’image qu’on produit. L’image est utile pour quand même s’insérer et agir en phase avec des processus. Mais elle peut très bien être remplacée par une autre, avec une meilleure définition et qui va faire remarquer des choses qu’on n’avait pas vues. Et fournir une explication plus complète, permettre des applications plus fines.

Alors si des chercheurs veulent aller voir plus loin pour chercher des explications fondamentales, on est d’accord, qu’ils s’y mettent. Eventuellement ça permettra peut être d’améliorer certaines choses, et la science progresse comme ça. Mais déjà qu’ils commencent par reproduire les expériences qu’on fait, les applications qu’on fait et puis par se poser des questions et aller voir plus loin. ●

1.

Michel Duhamel ne fait pas référence à une opposition de phase au sens physique du terme, mais à une modification de la hauteur des notes par symétrie en avec une note moyenne.

2. – Induction de luminescence bactérienne par l’exposition de Vibrio scheri aux proteodies de son luxA et luxB – Laboratoire de toxicologie, Faculté des sciences de Metz, 2002.

– Inhibition de la synthèse de l’IL-2 (interleukine 2) dans une lignée de cellules leucémiques humaines (cellules Jurkat).

Propos recueillis par Baptiste Rieu.

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