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Comment s’appellera le Round-Up demain ?

Comment s’appellera le Round-Up demain ?

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Round-Up change bientôt de mains?

Naïfs que nous sommes ! Longtemps, les écologistes du monde entier (dont nous-mêmes) ont considéré que l’ennemi prioritaire s’appelait Monsanto. Firme américaine doublement -et tristement- célèbre pour son pesticide mondialement connu, le Round-Up, et pour ses semences transgéniques vendues à prix d’or aux paysans. Longtemps, nos centres d’intérêt se sont arrêtés aux rubriques agriculture, environnement, citoyenneté. Soyons honnêtes : lequel d’entre nous lit attentivement chaque matin la rubrique financière ou la cote boursière ? C’est un tort, car si on ne s’occupe pas de la finance mondiale, la finance s’occupe de nous !

Car voila qu’il va probablement arriver à Monsanto ce qui dans le règne animal s’apparente à la prédation naturelle : Monsanto s’apprête à être rachetée par plus gros qu’elle, avec la bénédiction de ses actionnaires, avides d’engranger un gros chèque. Bien fait pour elle ? En tout cas, pas bien fait pour nous, car le futur propriétaire de Monsanto n’a rien d’une entreprise qui s’encombre de principes de précautions ou de respect de la biodiversité. Candidat le plus sérieux : le géant allemand Bayer qui prépare une offre à plus de 40 milliards de dollars (35 milliards d’euros).

Dangereuse concentration des firmes chimiques

Jusqu’ici, l’info ne devrait pas quitter la rubrique économique, mais derrière ce possible rachat, se trament non seulement de grandes manoeuvres capitalistiques, mais aussi une dangereuse concentration des firmes chimiques : si Bayer parvenait à ses fins avec Monsanto, il dominerait plus du quart du marché mondial, et presque un tiers de celui des semences, grâce, notamment, aux fameux OGM de l’américain. S’il se concrétise, ce rachat marquera aussi une nouvelle étape dans la frénétique concentration qui saisit en ce moment le métier de l’agro-industrie. Aux Etats-Unis, les géants DuPont et Dow Chemical ont décidé, début 2016, d’unir leur destin pour la modique somme de 130 milliards de dollars, tandis que le chinois ChemChina a mis la main sur le suisse Syngenta, en avril dernier, pour 43 milliards de dollars. Et d’ailleurs, si ce n’est pas Bayer qui rachète Monsanto, ce pourrait être BASF, l’autre géant allemand des molécules, également en embuscade.

Ces concentrations posent un vrai problème de compétition sur le marché mondial du traitement des cultures et risquent encore de renforcer la puissance commerciale de ces entreprises face à la clientèle souvent fragile des agriculteurs du monde entier. Problème aussi face au poids des lobbyes : on sait à quel point la Commission européenne s’est montrée faible ? arrangeante ? sensible aux arguments ? (on vous laisse le choix des mots) sur le dossier de l’autorisation du glyphosate (principe actif du Round-up), autorisation qui pourrait etre renouvelée pour 10 ans malgré une toxicité avérée. Quelle sera l’attitude de l’exécutif européen demain quand ce même pesticide sera produit non plus par une firme américaine mais par un géant communautaire ? Ne sera-t-elle pas tentée de se montrer plus conciliante encore ?

Demain, des paysans pieds et poings liés ?

Alors oui, demain l’ennemi ne sera peut-être plus Monsanto, le Round-Up sera peut-être rebaptisé pour se racheter une virginité publicitaire, mais un autre fabricant tout aussi chimiste, et qui a depuis belle lurette cédé sa vocation pharmaceutique pour se concentrer sur l’agro-industrie, sera toujours à la manoeuvre. La chimie dans nos prés, nos assiettes et nos organismes restera le danger, mais l’étiquette aura changé : il faut toujours se méfier des emballages.

Sur Terre.tv, vous retrouverez nos vidéos de techniques alternatives aux pesticides, car cela existe ! On vous recommande également de réécouter l’interview que nous a accordée le journaliste Fabrice Nicolino, auteur de l’enquête « Un empoisonnement universel: comment les produits chimiques ont envahi la Terre ». Un ouvrage essentiel pour comprendre comment les produits chimiques, et pas seulement le Round-Up, s’accumulent dans nos organismes, dans nos eaux, dans nos aliments pour finir par composer le fameux effet cocktail aux effets délétères.

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